Planckendael : Les diables sont arrivés ! 1


Logo de PlanckendaelIl est des animaux mythiques, légendaires dont le diable de Tasmanie fait partie. Espèce rarissime en Europe puisque présentée uniquement à Copenhague, au Danemark, jusqu’à aujourd’hui. En effet c’est un événement exceptionnel qui vient de se produire : Planckendael et Pairi Daiza accueillent à leur tour le petit marsupial !

Pourquoi « le diable » ?

Lorsque les colons débarquèrent sur le continent australien, aucun d’eux n’avait connaissance de ce petit animal étrange. Le diable de Tasmanie, marsupial principalement nocturne, se mettait à hurler la nuit tombée. Un cri effroyable, glaçant qui retentissait à travers la forêt. Leur hurlement est capable de provoquer la chair de poule lorsqu’on l’entend. Les colons étaient effrayés, pensant à une forêt hantée jusqu’au jour où l’un d’eux découvrit l’origine de ce son perçant sortant du corps de ce petit animal. Ils le surnommèrent alors « Le diable ». Outre son cri strident à en glacer le sang, des observations lui ont valu son nom de diable. 

 Son nom latin est Sarcophilus harrisii. « Sarco » désignant la chair et « Philus » désignant l’amour. En résumé un animal aimant la chair. En effet le diable de Tasmanie est un animal carnivore, vorace, aimant particulièrement la viande de Wombat et de Wallaby. Chassant peu, il préfère se nourrir de cadavres en décomposition. Il possède l’une des mâchoire les plus puissantes du règne animal, raison pour laquelle sa tête peut paraître totalement disproportionnée comparée au reste de son corps. La tête d’un mâle adulte peut représenter 15% de son poids total ! Ses dents acérées lui permettent donc de dévorer un corps dans son intégralité y compris la peau, les os et le crâne. Lorsqu’un cadavre est trop imposant pour que le diable puisse le finir en une seule fois, il est même capable de s’endormir à l’intérieur pour terminer le festin le lendemain. Sympathique n’est-ce pas ? Ces comportements écœurants renforcèrent son image de diable terrestre auprès des colons.

Malheureusement ces attitudes n’ont jamais joué en faveur du petit marsupial. Les fermiers du pays ne sont pas réputés pour leur grande tolérance. Les attaques nocturnes sur les agneaux ou les poulets font des diables des animaux à éliminer. Alors les paysans utilisent des poisons toxiques, les tirent au fusil, posent des pièges. Des milliers d’entre eux sont tués chaque année par les agriculteurs. On s’évertue à les décrire comme des animaux féroces, exécrables, violents, cherchant à mordre les gens… En somme le diable incarné, qualifié de « Vermine ». 

Animal incompris 

« Nous avons une image très faussée sur le diable de Tasmanie, simplement parce qu’il n’a jamais fait l’objet de grosses études. Il s’agit en fait d’un animal très timide, méfiant » nous raconte le soigneur des diables à Planckendael. Les diables ne chercheront jamais l’affront face à l’humain, ils préféreront se sauver plutôt que de se battre. Il se sert de sa mauvaise humeur uniquement dans le but d’intimider les autres animaux.

Nous discutons ensuite du médical training exercé sur les diables à Planckendael. J’avais, moi aussi, en tête un animal très agressif avec lequel les précautions les plus importantes étaient à prendre. « Ils sont très réceptifs. Je peux les manipuler facilement, avec un minimum de précaution tout de même, mais ils n’ont pas de comportement de défense et ne cherchent pas à nous broyer un bras lorsque l’on fait du training. Ils sont très intelligents, joueurs. » me dit le soigneur, en réponse à mes inquiétudes.

Depuis qu’il est entré au rang des espèces protégées en 1941, après que les colons, fermiers et dingos l’aient totalement exterminé du continent australien, le poussant vers la Tasmanie, dernier refuge de l’espèce, les scientifiques s’intéressent davantage au marsupial, aujourd’hui qualifié d’être sensible.

Marsupial en péril 

 

Ce sont donc ces mêmes scientifiques qui étudient les menaces les plus importantes qui pèsent sur le carnivore. A l’heure actuelle ce ne sont plus tellement les fermiers qui réduisent considérablement la population du diable mais plutôt les activités modernes. Chaque année, environ 100 000 marsupiaux , dont les diables, meurent écrasés sous les roues des automobilistes.

 

Mais la plus grosse menace, celle qui entraîne la population de diable de Tasmanie en chute libre, est l’apparition en 1996 d’une tumeur cancéreuse, la DFTD (Devil Facial Tumour Disease). Il s’agit d’une tumeur faciale évoluant en cancer irréversible. Elle semble se transmettre à un nombre croissant de diable qui en meurent systématiquement. Le comportement agressif du marsupial envers ses congénères, notamment durant les repas comme nous vous le disions en début d’article, favorise la propagation de la maladie puisqu’elle se transmet par morsure. En 15 ans, ce cancer a décimé près de 90% de la population, un véritable fléau. Les généticiens tentent de trouver un moyen de freiner leur disparition comme à l’université de Sydney. Sujet d’étude : le cancer et ses effets dévastateurs qui entraînent la mort en 3 à 6 mois. Le manque de diversité génétique et le faible système immunitaire des diables pourraient également expliquer la propagation de la maladie.

 

 

 

L’étude d’un vaccin prometteur est actuellement en cours grâce à l’association « Save the tasmanian devil programm« . Planckendael s’engage à financer ce programme grâce aux dons et aux entrées des visiteurs. En attendant l’élaboration de ce remède et au vue de la gravité de la situation, il a été décidé de placer des sujets sains en captivité en Australie, Amérique et Europe. 

Protéger le diable en captivité

Le but de cette captivité ? Jouer avec la sélection naturelle et la génétique. En effet en envoyant des individus sains, avec des mesures de quarantaine stricte, dans nos parcs zoologiques, le gouvernement australien espère pouvoir obtenir des naissances de diables au système immunitaire plus évolué. Plus on reproduira d’individus sains moins la structure génétique du diable sera réceptive au virus. En somme créer, sur plusieurs générations, des diables résistants. Des projets de réintroduction sur l’île seront alors mis en place lorsque la maladie aura été éradiquée. 

Pour cette raison, tout comme les koalas, les diables présents en Europe restent la stricte propriété du gouvernement australien

Installation stricte 

Et puisqu’ils en sont la stricte propriété, les parcs ne font évidemment pas ce qu’ils désirent avec ces petites boules de poils. Il en va de même pour la conception de l’installation. Ici deux enclos aux couleurs aborigènes, séparés d’une porte afin de respecter les mœurs de ces animaux plutôt solitaires et très agressifs entre eux lors des repas.  Pour le moment le portillon reste ouvert puisque mère et fille s’entendent très bien. 

Les plans sont imaginés par le parc. Celui-ci aura donc le choix du design. Tout ceci est ensuite envoyé vers l’Australie afin qu’elle valide ou non l’installation. Petite particularité à Planckendael, les diables ont la possibilité d’escalader une petite butte leur donnant vue sur l’espace voisin, celui des wallaby, leur permettant d’exercer leur grande curiosité. Très bon point pour les diables mais aussi pour les visiteurs qui ont donc la sensation d’un espace sans barrières.

Toujours pour le visiteur, la proximité avec les diables est impressionnante. Un terrain légèrement en fosse et de fines vitres nous permettent d’être au plus près de ces petits carnivores comme s’il n’y avait, finalement, qu’une frontière très mince entre eux et nous. 

 

J’ai eu énormément de plaisir à découvrir cet animal à la fois étrange et fascinant, véritable emblème pour l’Australie.

Remerciements à Planckendael, Frederik Thoelen et les soigneurs pour leur chaleureux accueil !

 


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