Gerald Durrell, un homme, une organisation et un zoo


Gerald Durrell, un homme, une organisation et un zoo

 

 

Né en Inde en 1925, Gerald Malcolm Durrell a passé plusieurs années de son enfance sur l’ile de Corfou en Grèce, une période magique de sa vie qu’il relate dans son célèbre récit « Ma famille et autres animaux » (1956). Naturaliste dès son plus jeune âge, il commence plus tard à collectionner des animaux du monde entier  pour les zoos. Au cours de ses voyages, il prend de plus en plus conscience des problèmes auxquels sont confrontées les espèces sauvages dans le monde. La conservation des espèces par les zoos étant alors très peu développée, Gerald Durrell deviendra un pionnier de ce concept.

 

Grace à la publication de ses aventures dans différents récits, Gerald réunit suffisamment de fonds pour démarrer sa propre collection et ce dans un but précis: sauver des espèces de l’extinction. En 1959, il crée son zoo sur l’île anglo-normande de Jersey, qui devient le Jersey Wildlife Preservation Trust en 1963.  Gerald Durrell décède en 1995 et en 1999, l’organisation est rebaptisée le Durrell Wildlife Conservation Trust en l’honneur de son immense contribution à la conservation des espèces.

© Durell Trust
Une exposition, la « Gerald Durrell Story » lui est totalement consacrée à l’intérieur du zoo. L’occasion de découvrir en détail l’histoire du fondateur de ce parc et de la collection ramenée  au fil de ses voyages et découvertes.

Le Durrell Wildlife Conservation Trust

Le Durrell Wildlife Conservation Trust est aujourd’hui une organisation internationale dédiée à la conservation des espèces animales et la protection de la biodiversité. Sa structure est unique et articulée autour de trois pôles d’intervention. Les programmes de terrain dans 18 pays à travers le monde, le parc animalier de Jersey et un centre de formation de réputation internationale (Durrell Conservation Academy)  qui propose des formations et cours dont certains en lien avec des universités Britanniques.

Parmi les espèces emblématiques de Jersey qui ont forgées l’histoire du zoo, citons le pigeon rose, le tamarin lion à croupe dorée – que Jersey est l’un des seuls à présenter en Europe – ou l’Amazone de Sainte Lucie, qui est uniquement présenté en Europe au Durrell Wildlife Conservation trust.

Le dodo, mascotte du Durrell Wild Conservation Trust

Le dodo a été observé pour la dernière fois sur l’île Maurice en 1662 et a probablement disparu à jamais quelques temps après. C’est l’une des premières espèces dont l’extinction est unanimement reconnue comme imputable à l’homme. Gerald Durrell avait choisi le dodo comme mascotte pour rappeler la fragilité du monde naturel et la nécessité d’éviter la disparition d’autres espèces. On le retrouve dans le logo de l’organisation.

Suite à la restauration du Royal Scottish Museum à Edimbourg, les autorités mauriciennes ont confié un squelette de dodo au Durrell Trust en reconnaissance de l’action menée par le Trust sur l’île Maurice. Ce squelette de dodo est aujourd’hui présenté dans l’accueil du parc animalier de Durrell et est l’un des rares spécimens qui existent dans le monde.

 

A la découverte du parc animalier de Jersey

A ce jour, le Durrell Zoo, situé sur la petite île britannique de Jersey, au large des côtes de Bretagne, abrite plus de 120 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens, dont plus de la moitié sont en danger dans la nature. Le zoo offre une fenêtre sur le travail de conservation que le Durrell Trust réalise tous les jours, partout dans le monde. L’objectif du zoo d’ici 2020 est de proposer à ses visiteurs 90% d’espèces contribuant à la conservation, à la formation, à la recherche ou à l’éducation.

 

« Jewels of the forest »

La visite du parc débute par une promenade dans une volière de contact ouverte en 2004. Soigneusement conçue pour fournir un environnement adapté à diverses espèces d’oiseaux arboricoles et terrestres, elle transporte le visiteur dans les forêts d’Asie, à travers ce qu’il voit mais aussi ce qu’il entend, grâce en particulier aux oiseaux chanteurs qui l’habite.

Bien que peu volumineuse avec un filet à 4m de hauteur, il est possible d’y passer de longs moments à observer dans la végétation luxuriante de la volière les nombreuses espèces qui y vivent dont voici une liste non exhaustive :

Shama à croupion blanc, Rossignol du Japon, Eperonnier Napoleon, Garrulaxe à queue rouge, colombine turvet, pigeon de Nicobar,  Garrulaxe de Courtois, Grive de Doherty, Iréne vierge, Bréve à capuchon, Gallicolombe de Bartlett, Garrulaxe de l’Omei, Garrulaxe bicolor.

 

L’espèce emblématique: Garrulaxe de Courtois (Dryonastes courtoisi)

Cette belle espèce d’oiseau est menacée dans sa Chine natale, en raison de la déforestation et de la capture par des braconniers pour le commerce des oiseaux exotiques. Depuis 1997, Le Jersey Zoo héberge des garrulaxes de courtois mais elles se sont révélées particulièrement nerveuses pendant la saison de reproduction, de sorte que les progrès de reproduction ont été relativement lents. Néanmoins, les soigneurs oiseaux de Jersey ont réussis à stimuler leur comportement de nidification pour la première fois en 2000 avec un premier poussin qui naissait l’année suivante. En 2002, 5 oisillons ont été élevés à la main par le personnel, pour être renvoyés dans d’autres parcs zoologiques en Europe afin de se reproduire et d’apporter leur contribution précieuse à la population captive.

Cette espèce est peu représentée dans les zoos (une trentaine de parcs zoologiques en Europe), et on sait relativement peu de choses sur sa biologie. Les oiseaux de Durrell étaient à l’origine considérés comme des individus étroitement apparentés, mais ont récemment été reconnus comme membres d’une nouvelle espèce distincte grâce au travail d’un des spécialistes des oiseaux de Jersey, qui s’est rendu en Chine.

 

The Gaherty Reptile & Amphibian Conservation Centre

The Gaherty Reptile & Amphibian Conservation Centre, du nom d’un philanthrope Canadien Geoff Gahertry qui a financé sa construction, abrite de nombreuses espèces de reptiles et d’amphibiens dont certaines font l’objet de programmes d’élevage gérés par le Durrell Zoo, comme la tortue à soc (Astrochelys yniphora), la tortue terrestre (la plus menacée de Madagascar) ou l’iguane des petites Antilles (Iguana delicatissima) disparu de la plupart des îles où il était présent.

Une pouponnière à géants

Les varans de Komodo sont les plus grands lézards présents sur la planète. Pourtant, en captivité, il est possible de les éduquer, et le parc exploite cette particularité pour faciliter le suivi médical des varans. Ainsi, Jersey a décidé de présenter uniquement de jeunes varans de Komodo, qu’il éduque grâce au médical training, pour ensuite les envoyer dans d’autres institutions en Europe. Un des terrariums du « Gaherty Reptile & Amphibian Conservation Centre » leur est spécialement dédié.

 

L’espèce emblématique: Grenouille géante de Montserrat (Leptodactylus fallax)

La grenouille géante est l’une des plus grandes grenouilles du monde. Elle se trouve uniquement sur les îles des Caraïbes de la Dominique et de Montserrat. Le nombre de grenouilles géantes a nettement diminué  ces dernières années car elle a longtemps été le plat national des îles où elle vit. Ces grosses grenouilles sont chassées pour leurs pattes charnues au gout de poulet (d’où leur nom populaire de « poulet des montagnes ») tandis que l’activité du volcan sur l’île de Montserrat menace ce qui reste de leur habitat déjà fortement restreint.

En 1999, le Durrell Zoo a rapporté plusieurs grenouilles géantes de Montserrat. Après moult expérimentations, le parc a réussi à reproduire cette espèce pour la première fois en 2000, en se servant de caméras infrarouges pour faire des découvertes sur leur mode de reproduction. Grâce à ce que les équipes du parc ont appris sur cette stratégie curieuse et unique de reproduction, le Durrell Trust a pu élaborer des recommandations pour leur prise en charge à Montserrat, dans l’espoir de rétablir de nouvelles populations dans le milieu naturel.

Gorilles & Orangs-Outans

Les grands singes et particulièrement les gorilles font partie intégrante de l’histoire du parc. En effet, Jersey héberge des gorilles des plaines occidentales depuis 1959, année de son ouverture. En 1986, « Jambo » un mâle né en 1961 et arrivé à Jersey en 1971, devient célèbre dans le monde entier lorsqu’un enfant tombe à l’intérieur de l’enclos des gorilles. Jambo le protège pour éviter que les autres gorilles plus jeunes ne s’approchent trop près de lui. Les images et vidéos ont permis de mettre en évidence la nature non agressive des gorilles et fera de « Jambo », nommé le « gentil géant » la mascotte de Jersey. Décédé en 1992, il reste dans les mémoires grâce à une sculpture en bronze grandeur nature qui veille sur la vaste installation des 5 gorilles.

 

En 2011, Jersey a reçu un nouveau mâle dos argenté, Badongo né à La vallée des singes en 1999.

Le Durrell Zoo présente des orangs-outans de Sumatra depuis 1968. De 1963 à 1990, il présentait et élevait également des orangs-outans de Bornéo. Au fil des années, ce sont 7 bébés qui sont nés à Jersey. Certains sont maintenant dans d’autres zoos en Europe pour apporter une contribution précieuse au programme de reproduction de cette espèce en danger critique d’extinction.  Aujourd’hui ce sont 6 orangs-outans de Sumatra qui sont hébergés sur les deux grandes îles, qu’ils partagent avec des gibbons.


L’espèce emblématique: Les Orangs-outans de Sumatra (Pongo abelii)

L’orang-outan de Sumatra est le plus menacé des six espèces de grands singes – la moins menacée étant bien sûr l’espèce humaine. On estime que leur nombre a été divisé par deux ces dernières années. Un déclin qui se poursuit à cause d’une destruction importante de leur habitat due au commerce des bois tropicaux, à l’industrie du papier et à la conversion de la forêt en plantations pour produire de l’huile de palme.

Le Durrell Trust a soutenu les recherches de Ian Singleton, qui travaille aujourd’hui pour le programme de conservation des orangs-outans de Sumatra (SOCP) après avoir travaillé à Durrell. Ses recherches montrent que les orangs-outans ont besoin de territoires importants pour survivre. Le Durrell Trust aide maintenant le SOCP dans son action qui consiste à confisquer des orangs-outans capturés illégalement pour le commerce des animaux. Des personnels du parc se sont rendus à Sumatra pour travailler aux côtés des équipes du SOCP sur le terrain. Des intervenants du SOCP ont également assuré des formations à la Durrell Academy.

 

« Island bat roost »

Construit dans un tunnel en matériaux recyclés, « Island bat roost » est sans doute l’une des plus impressionnantes installations de Jersey. Ouvert en 1976, le tunnel des chauves souris a été totalement rénové et agrandi en 2011. Le budget étant très serré, le parc a décidé d’appliquer la règle des trois R (Réduire, Réutiliser et Recycler) en transmettant au passage un message en faveur du développement durable. Incorporant des pneus recyclés remplis d’argile, des ballots de paille et des bouteilles de vin, la nouvelle maison des chauves-souris a été conçue pour créer un environnement tropical éco-énergétique pour ces animaux en voie de disparition.

L’espèce emblématique: La roussette de Livingstone (Pteropus livingstonii)

Sur les quelques 1100 espèces de chauves souris qui vivent dans le monde entier, la roussette de Livingstone est l’une des plus grandes et la plus menacée d’extinction sur les îles des Comores. Elles vivent dans de petites parcelles de forêt qui malheureusement se rétrécissent de jour en jour au détriment de l’expansion humaine.

Les premières roussettes de Livingstone sont arrivées à Jersey en 1992, une première pour cette espèce qui n’avait jamais été gardée en captivité auparavant. Il aura fallu 4 expéditions sur le terrain pour recueillir un nombre suffisant de chauves souris et assurer un démarrage réussi du programme d’élevage. La petite chauve-souris de Rodrigues est également présentée à Jersey. Un programme d’élevage a été lancé en 1976, lorsque l’espèce était au bord de l’extinction. Une population en captivité florissante protège maintenant l’espèce en cas de catastrophe dans la nature, et ce succès a permis d’établir un programme similaire pour la roussette de Livingstone.

 

« Kirindy Forest »

Inaugurée en novembre 2009, Kirindy Forest est une installation de mixités d’espèces endémiques de Madagascar, qui a pour objectif principal d’illustrer le travail de sauvegarde des espèces sauvages uniques de Madagascar mené de longue date par le Durrell Trust, dans les zones humides, mais aussi dans la forêt sèche occidentale de cette très grande île.

La grande volière où pénètre le visiteur abrite différentes espèces venant de la forêt sèche et des zones humides qui l’entourent, dont la sarcelle de Bernier, le canard de Meller, la sarcelle hottentote, le dendrocygne veuf, la tourterelle masquée, l’échasse blanche, l’ombrette, le foudi rouge, ibis huppés ou la sous espèce malgache du dendrocygne à dos blanc, considérée en danger critique d’extinction, et que le Durrell Trust est l’un des rares parcs zoologiques a avoir reproduit avec succès.

Des lémuriens (makis cattas, lémurs à front roux, et hapélumur gris d’Aloatra) profitent également d’un vaste espace extérieur, tandis que des mangoustes à dix raies et des rats sauteurs géants sont présentés dans des volières extérieures. La fin de Kirindy Forest nous permet de découvrir les très rares ayes-ayes en nocturama ou dans un espace extérieur mi-ombragé.

L’espèce emblématique : Le Aye-Aye (Daubentonia madagascariensis)

Avec ses yeux et ses oreilles énormes, ses doigts allongés, ce lémurien étrange est sans aucun doute le primate le plus inhabituel au monde. Longtemps persécuté dans son pays d’origine, à cause d’une croyance (comme un présage de la mort et du mal), l’aye-aye fait aujourd’hui face à une menace d’extinction imminente en raison de la déforestation intensive.

En raison de la situation précaire de l’aye-aye à Madagascar, le Durrell Trust travaille avec le gouvernement malgache depuis 1990, date de la première expédition de Gerald Durrell à Madagascar qui lui permis de ramener 6 individus dans son parc de Jersey pour débuter un nouveau programme d’élevage. Depuis 1990, ce sont 8 ayes-ayes qui sont nés à Jersey et qui ont permis une collaboration avec d’autres institutions pour assurer la diversité génétique au sein de la population captive.

Le Durrell Trust a établi des liens forts avec le peuple et le gouvernement malgache, notamment en ce qui concerne la conservation des lémuriens, et fait aujourd’hui partie du Madagascar Fauna Group. Un certain nombre d’étudiants malgaches ont suivis la Durrell Conservation Academy et sont rentrés chez eux avec les compétences nécessaires pour essayer de sauver leur faune indigène.

 

Gerald Durrell a entamé la mission de sauvegarder des espèces en danger d’extinction il y a plus de 50 ans et les équipes du Durrell Wildlife Conservation Trust travaillent depuis avec des animaux menacés dans le monde entier. De la toute petite grenouille aux magnifiques gorilles, les animaux présentés à Jersey ont chacun une histoire à raconter pour témoigner du sort de leurs cousins sauvages. Cette philosophie si particulière, reconnue internationalement par ses pères, a permis de faire évoluer les mentalités dans le monde des parcs zoologiques et de poser les bases de nombreux programmes d’élevage Européen initiés par Gerald Durrell à partir d’individus sauvages.

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