Le déplacement de varis roux dans une forêt protégée de Madagascar : un projet exceptionnel mené par le Bioparc de Doué la Fontaine


Depuis 2001, le BIOPARC de Doué la Fontaine s’engage pour la conservation de la biodiversité. Considérant les animaux présents à Doué la Fontaine comme les ambassadeurs de leurs cousins sauvages, il agit à travers le monde en initiant ou soutenant des actions sur le terrain : les Projets Nature. Actu’Zoo est parti à la rencontre de Pierre Gay, directeur du Bioparc de Doué la Fontaine qui nous a parlé de la mission de translocation de deux varis roux dans la forêt de Farankaraina à Madagascar. Un projet auquel le zoo a participé en collaboration avec l’association ONG Antongil Conservation.

 

Le vari roux (Varecia rubra)

 

Le vari roux est un petit mammifère faisant partie de la famille des lémuriens. Il mesure environ 60cm sans la queue et pèse entre 3 et 5 kilos. Il vit une vingtaine d’années et se trouve exclusivement sur l’île de Madagascar.
Ce petit animal est principalement frugivore. Dans la nature, lorsque les ressources alimentaires sont nombreuses, les varis se rassemblent en grands groupes, généralement familiaux, et lorsque celles-ci se font plus rares, les groupes se dissipent

.

C’est une espèce en voie de disparition. Ceci est dû à la déforestation mais également à la chasse : les populations locales se nourrissent de sa viande ou le capturent afin de le vendre en tant qu’animal de compagnie.

La saison de reproduction a lieu au début de la saison humide. Ainsi, lorsque les petits naissent après une centaine de jours de gestation, la nourriture est présente en abondance. La mère peut donner naissance à plusieurs petits par portée (entre 1 et 3). Les jeunes vont rester plusieurs semaines dans le nid composé de mousse, de branches et de feuilles.

 

L’origine du projet

L’histoire a commencé en 1998, lorsque Pierre Gay fît la rencontre d’Augustin, un jeune homme de Madagascar. Au cours d’une discussion, ce dernier lui raconta que le départ des colons français au milieu du 20ème siècle avait laissé en péril plusieurs rizicultures du pays. Il était alors devenu plus simple pour les villageois Malgaches d’exploiter les forêts existantes plutôt que de remettre en eau les anciennes rizières pour cultiver leur riz, une ressource vitale. Il lui expliqua également les risques que cela engendrerait : la disparition de ces forêts mais également des espèces qu’elles abritent. Il fallait donc trouver le moyen d’irriguer de nouveau ces champs de riz laissés à l’abandon. Pierre, sensible aux répercussions de ces pratiques, a décidé de s’engager en finançant l’aménagement de plusieurs micro barrages. C’est alors qu’ils créent ensemble l’ONG Antongil Conservation et qu’ils mirent tout en œuvre pour préserver ces forêts.

En 2006, l’ONG débuta son programme pour la protection du vari roux en organisant de nombreuses rencontres avec la population pour sensibiliser les malgaches aux dangers de l’extinction de cette espèce. En effet, ces animaux sont les mammifères les plus menacés au monde, classés en danger critique d’extinction par l’UICN. Pourtant, ils sont indispensables à la régénération naturelle de la forêt. Ce sont les seuls animaux capables d’ouvrir les fleurs du Ravenale, plus communément appelé l’arbre du voyageur (Ravenala madagascariensis). Ce sont donc les seuls à pouvoir disséminer le pollen de cette plante. L’ONG, aidée par le GERP (Groupe d’Étude et de Recherche sur les Primates), a alors initié la translocation de ces petits mammifères présents dans une forêt vouée à disparaître vers la forêt de Farankaraina.

 

Le déroulement de la mission

Avant toute chose, il a fallu habituer le groupe de six varis roux de cette forêt à la présence de l’Homme afin que les vétérinaires puissent les flécher pour les endormir sans trop de difficultés.Le jour J, les varis ont pu être attrapés et équipés d’un collier GPS afin de pouvoir suivre leurs déplacements dans leur futur environnement.

Deux varis (un mâle et sa fille) sur les six ont pu être fléchés et transloqués dans la forêt de Farankaraina. Les deux animaux ont d’abord été placés dans une volière afin qu’ils s’habituent à leur nouvel environnement.

Deux varis (un mâle et sa fille) sur les six ont pu être fléchés et transloqués dans la forêt de Farankaraina. Les deux animaux ont d’abord été placés dans une volière afin qu’ils s’habituent à leur nouvel environnement.

Un évènement inattendu s’est d’ailleurs produit à ce moment : un groupe d’habitants malgaches est venu célébrer cet instant. La tradition veut que des feuilles, des racines, de l’eau et de la terre de l’ancien habitat des animaux soient déposés dans leur nouveau lieu de vie. Un moment magique auquel personne ne s’attendait.

Les deux lémuriens seront libérés dans trois semaines. En attendant, les membres du GERP et de l’ONG vont prendre soin des deux varis en allant tous les jours cueillir des fruits dans la forêt pour les nourrir. Les quatre animaux restants les rejoindront plus tard, lors de deux nouvelles missions.

 

Un espoir pour le futur

Cette forêt protégée est un Eden pour les varis roux et un espoir pour la réintroduction d’animaux nés en captivité. En effet, cette espèce disparaît petit à petit suite à la destruction de son habitat naturel. Aujourd’hui, très peu de réintroductions sont réalisées et cela n’est pas dû au manque de candidats, mais au manque d’habitats viables pouvant les recevoir. La forêt de Farankaraina est donc une première victoire pour la conservation de cette espèce en voie de disparition.

Cette mission est une belle promesse d’avenir pour la faune de notre planète et pour la réintroduction d’espèces menacées, nées en captivité. Le BioParc soutient à ce jour 25 projets Nature comme celui-ci.

 

Article réalisé par Maéva Dramet  pour Actu’Zoo

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